"Je voulais simplement montrer la prostitution de l’intérieur. Le célèbre
reporter Albert Londres l’avait déjà fait du point de vue des maquereaux et des clients, moi je me proposais de le faire du point de vue des filles."
Ces mots de Maryse Choisy (1902-1979) prennent une résonance toute particulière en 2023, à l’heure où la lutte féministe est plus que jamais vivante. Et pourtant, c’est
une femme des années 1920 qui s’exprime.
Paris, 1928. Maryse Choisy est une figure excentrique du milieu littéraire et journalistique : romancière, journaliste, poétesse, psychanalyste, philosophe, occultiste,
orientaliste, mystique... Suite à la commande d’un éditeur, elle décide d’être la première femme journaliste à infiltrer le milieu de la prostitution parisienne. Très loin
de ses racines de jeune fille de bonne famille, d’abord grimée en prostituée, elle prend vite peur lorsqu’un client l’aborde, mais se fait embaucher comme femme de chambre
d’une maison close et c’est d’ici, tel un agent infiltré, qu’elle observe avec empathie les femmes dans l’exercice quotidien de leurs fonctions, gagnant leur confiance et
prenant des notes le soir pour son futur livre.
Du bordel aux bals du milieu, en passant par un bar lesbien où elle sera danseuse, elle préfigure le journalisme “en immersion” et s’attache à décrire ces femmes et leur
difficile condition. De cette expérience naît donc Un mois chez les filles, succès immédiat. Il
soulève un scandale qui continuera même après son retrait des librairies par son autrice, en 1939.